QUESTIONS D’ACTUALITE
Interview Gazette Info - Mardi 17 août 2010 | Par Richard Zampa
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Entretien avec Jean-Philippe Morel, avocat et président de la fédération de Côte d’Or du parti radical.
LA GAZETTE : Sarkozy en fait-il trop avec sa politique sécuritaire, selon vous ?
JEAN-PHILIPPE MOREL (président de la fédération de Côte d’Or du parti radical) : Au-delà d’un vrai problème de sécurité, notamment dans les quartiers dits sensibles, il y a d’abord un vrai problème de délinquance. Il y a une aggravation de la délinquance urbaine dans tous les pays européens. Donc, il faut bien répondre aux attentes des Français dans ce domaine. Maintenant, en fait-il trop ? Le président a toujours incarné un volontarisme. Mais au-delà même de la volonté et du discours, il faut désormais qu’il y ait des actes derrière.
Partagez-vous l’idée de Christian Estrosi de sanctionner les communes défaillantes en matière de sécurité ?
J.P. M. : La position d’Estrosi a été caricaturée. J’ai repris ce qu’il avait dit dans le détail et il a parlé d’une nécessaire union sacrée dans la lutte contre la délinquance, en souhaitant que ce soit une lutte non partisane. Malheureusement, on est retombé dans la guerre de tranchée droite contre gauche. Il faut une entente au plus haut niveau ainsi que sur le plan local, puisqu’aujourd’hui, certaines collectivités locales s’érigent comme un contre-pouvoir du gouvernement. Ça ne peut que nuire à l’efficacité. J’aspire donc à une plus grande coopération entre le national et le local. Le message d’Estrosi était d’aller dans ce sens là, en jetant un pavé dans la mare évidemment ! Il a fait des propositions intéressantes, notamment sur la création d’un observatoire mensuel de la tranquillité publique. Pour ce faire, il faudrait que les communes jouent le jeu.
Vous qui êtes avocat, la proposition de déchéance de la nationalité pour certains criminels est-elle réalisable sur le plan juridique ?
J.P. M. : Sincèrement, je ne crois pas. Aujourd’hui, il y a un dispositif légal qui permet de déchoir un individu de la nationalité française mais ces cas-là se comptent sur les doigts d’une main. Il y a également un autre principe fondamental en droit, c’est qu’en France, on ne peut pas créer d’apatrides. Or, si on déchoit quelqu’un de sa nationalité, il devient apatride sauf s’il a une double nationalité.
On procède à des démantèlement de camp de Roms mais ne sont-ils pas devenus des boucs émissaires au lendemain des violences de Saint-Aignan perpétrées par les gens du voyage ? Ne fait-on pas l’amalgame ?
J.P. M. : Il est clair qu’il faut éviter tout amalgame. Maintenant, qu’il y ait un problème de fes flux migratoires non maîtrisés et une présence massive de Roms en France est une réalité. Pas d’amalgame non plus avec les gens du voyage de nationalité française, ceci dit. J’ai noté que François Rebsamen saluait la politique menée par Pierre Lellouche pour développer une plus grande coopération avec la Roumanie et ainsi trouver des solutions. On ne peut que s’en féliciter. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, disait Rocard. Il faut aussi faire en sorte que les aires d’accueil des gens du voyage soient plus importantes mais il faut qu’on reste ferme sur l’occupation illégale de terrains privés qui troublent l’ordre public.
Faut-il verser l’allocation de rentrée scolaire en bons d’achat ?
J.P. M. : C’est une idée intéressante soulevée par un député UMP. Si on veut suivre la traçabilité de l’allocation pour qu’elle serve vraiment les enfants, ça ne me paraît pas totalement idiot. Il ne faut pas que ça serve à partir en vacances ou à acheter des consoles vidéos. Cet argent doit exclusivement servir à la scolarité des enfants.
Borloo, président en 2012 ?
J.P. M. : Au-delà de la candidature de Jean-Louis Borloo, ça montre que l’UMP, qui s’affiche comme un parti de droite et du centre, a peut-être besoin de repenser sa branche centriste, en redonnant plus de visibilité au centre-droit, à l’intérieur de l’UMP.


