Le courrier qui suit a été adressé par le Préfet à l’actuel Maire de LONGVIC en janvier 2007 et rendu public. Il est annexé au compte rendu du conseil municipal du mois de janvier 2007.
Il mérite d’être diffusé.
Son contenu et le diagnostic du Préfet, révèle qu’il est grand temps d’engager un partenariat constructif, cohérent, et respectueux avec la Police nationale pour obtenir des résultats sur le dossier de la tanquillité publique dans l’intérêt des longviciens !
“A plusieurs reprises, ces dernières semaines, vous avez pris la responsabilité de mettre publiquement en cause l’action des forces de l’ordre, en estimant que l’Etat n’assumait plus ses missions régaliennes de sécurité et que les actions de police qui étaient menées étaient sans efficacité, s’apparentant à des actions “coups de poing”.
Lors des voeux que vous avez présentés au nom du Conseil Municipal de Longvic le 15 janvier dernier, en présence de plusieurs chefs de services déconcentrés de l’Etat, que vous aviez invités, notamment du Directeur Départemental de la Sécurité Publique et de plusieurs fonctionnaires de la Direction Départementale de la Sécurité Publique, vous avez, dans vos propos publics, de nouveau attaqué l’action des forces de l’ordre à Longvic.Ces propos, qui m’ont été immédiatement rapportés, ont choqué les divers chefs de service présents, ainsi que leurs collaborateurs.
C’est pourquoi, si j’ai estimé jusqu’à présent qu’il ne m’appartenait pas d’intervenir sur un tel sujet dans la mesure où il s’agit d’un légitime débat politique, vos dernières déclarations me conduisent aujourd’hui à vous faire part de mon vif étonnement en vous rappelant quelques données purement objectives.
En matière de lutte contre la délinquance, le Département de la Côte d’Or aura connu entre 2002 et 2006 une baisse globale de sa délinquance de 7,74%.
S’agissant de l’année écoulée, la circonscription de sécurité publique du département (les zones d’une grande partie de l’agglomération dijonnaise et la commune de Beaune) a enregistré une baisse de la délinquance générale de 3,47% et de la délinquance de voie publique de 6,54%.
S’agissant de la commune de Longvic, en 2006, la délinquance générale a baissé de 1,34 % par rapport à 2005 et de 6,65 % en délinquance de voie publique (données consolidées).
De même, le taux d’élucidation a été amélioré tant en zone police qu’en zone gendarmerie. La police a ainsi obtenu en 2006 un taux d’élucidation de plus de 31% en délinquance générale et de 18% en délinquance de voie publique, taux supérieurs aux objectifs arrêtés localement en début d’année avec le Procureur de la République.
Si nous restons particulièrement vigilants sur certains faits, notamment en matière de violences aux personnes, où nous avons connu une hausse en 2006 (qui nous ramène au niveau de 2004 puisque l’année 2005 nous avait permis d’enregistrer une baisse non négligeable de ces faits en côte d’Or), le véritable procès d’intention que vous avez décidé d’orchestrer à l’égard des forces de l’ordre relevant de l’Etat ne repose sur aucune réalité tangible.
Vous avez d’ailleurs pu mesurer la qualité du travail réalisé ces dernières semaines en matière de violences urbaines, soit sur Chenôve où la police a pu interpeller les 3 auteurs présumés de l’incendie de 69 véhicules, ou à Longvic où la police a réussi, courant décembre, à interpeller divers individus susceptible d’avoir commis certaines faits de dégradations.
Si certains des actes commis ces derniers mois à Longvic peuvent légitimement vous inquiéter, de même qu’ils inquiètent de manière tout aussi légitime la population, ceci ne saurait vous faire oublier la qualité des résultats enregistrés ou le professionnalisme des fonctionnaires de police à partir des instructions précises que je leur ai données, en lien avec le Parquet.
Par ailleurs, s’agissant du commissariat de secteur de Longvic, comme vous le savez, j’ai décidé au printemps dernier de le maintenir, alors que la question de sa pérennité était alors posée, mais en réduisant le nombre de fonctionnaires présents en permanence, compte tenu de la faiblesse de son activité (3 plaintes par jour en moyenne).
Ce commissariat est actuellement ouvert selon les mêmes horaires qu’avant le printemps 2006.
J’ajoute que la réorganisation des effectifs a permis de dégager une patrouille supplémentaire affectée sur le secteur de Longvic, contribuant en cela à développer la présence des forces de l’ordre sur le terrain, car c’est là qu’elles doivent être plutôt que dans des bureaux. Pour l’ensemble de la circonscription de Dijon, la présence des fonctionnaires de police sur le terrain a ainsi augmenté de 7,20% en 2006 par rapport à l’année précédente, en privilégiant les quartiers classés sensibles.
Je ne vois pas dans ces conditions comment vous pouvez apprécier de manière aussi négative l’engagement de l’Etat qui remplit au contraire sa mission régalienne dans le seul souci d’optimiser la sécurité de nos concitoyens.
Enfin, s’agissant de la prévention de la délinquance, vous me permettrez à mon tour de regretter la faiblesse des actions de prévention que vous avez souhaité engager depuis que je vous ai invitée en janvier 2006 et relancer le CLSPD de Longvic créé en mai 2003 et qui s’était fort peu réuni.
Mon Directeur de Cabinet avait proposé à plusieurs reprises des actions partenariales, y compris sous forme de soutien financier, notamment en matière de lutte contre les conduites addictives et en faveur de la sécurité routière (ce qui a été fait par le Service Jeunesse), comme en témoigne le procès-verbal de la réunion du 14 octobre 2005, relatif à la prévention de la délinquance des mineurs, que vous avez présidée, propositions restées sans réponse à ce jour.
L’Etat a pour sa part mis en place en mars 2006 un schéma départemental de prévention qui a fait l’objet depuis d’une déclinaison forte et permis par exemple la signature de chartes de la diversité avec 14 entreprises du département pour lutter contre les discriminations, la diffusion de plaquettes d’information sur la maison de justice et du droit de Chenôve, la création d’une commission d’avertissement qui, sous l’autorité du Procureur de la République (en date du 21 décembre 2006), est chargée de sensibiliser les parents sur leurs obligations dès lors que leurs enfants mineurs ont été repérés compte tenu de leur comportement, avant toute saisine judiciaire.
Je présenterai dans quelques semaines, à l’occasion du comité départemental de prévention, l’ensemble des actions menées dans le cadre du schéma départemental de prévention et ceci en lien avec la politique de la Ville. Les services de l’Etat concernés dans le domaine de la prévention de la délinquance sont bien évidemment fortement engagés dans cette politique, étant entendu qu’ils le font dans un partenariat large et notamment avec les collectivités locales à la hauteur de leurs propres engagements.
L’importance du sujet de la sécurité et les enjeux liés à la lutte contre la délinquance ne permettent ni caricature du travail des forces de l’ordre ni stigmatisation de l’Etat, alors que nos concitoyens attendent légitimement un travail concerté et partenarial entre des interlocuteurs qui se respectent.
Je vous confirme bien entendu la volonté des services de l’Etat de s’impliquer totalement dans les actions de prévention de lutte contre la délinquance. Je peux vous assurer que la situation particulière de votre ville avec les graves actes de délinquance qu’elle a connus et fortement orientés contre les services et équipements municipaux est suivie avec une particulière attention et que diverses mesures que je ne développerai pas sont mises en oeuvre afin de trouver les auteurs. Vous comprendrez que vos propos ont laissé un goût d’amertume aux personnels de police compte tenu de la forte mobilisation qui est la leur.
Je vous laisse le soin, si vous l’estimez utile, de faire part à votre conseil municipal des termes de cette correspondance”.